Le duo Yannick Thépault (clarinette) & Denis Cuniot (piano) révèlera son nouvel album Universel Klezmer – Klezmer Aolam le vendredi 6 novembre 2026 (CD et digital) chez Buda Musique / Socadisc. L’opus sera présenté sur scène à l’occasion d’une série de concerts aux Rendez-vous d’Ailleurs (Paris, 20e) les jeudi 19 novembre, vendredi 20 novembre, samedi 21 novembre et dimanche 21 novembre.
Le premier single « Une maman et une tante aux petits soins – Zorgn », sera disponible le 16 octobre 2026 sur toutes les plateformes.
« Cet album est né du désir, partagé avec mon ami Denis Cuniot, d’interpréter de grands compositeurs, dont certains non juifs, ayant repris des mélodies traditionnelles hébraïques. La clarinette par ses possibilités infinies de nuances, son large ambitus et son timbre parfois proche de la voix, donne un visage à la mélodie. Nous avons cherché à traduire le sens des textes par l’interprétation musicale. La fleur prend forme à travers son parfum et notre imagination. L’interprétation des musiques hassidiques n’est pas la même aux Etats-Unis d’Amérique et en Europe. Sur le continent américain, les interprètes privilégient le côté festif, urbain, lié sans doute à l’influence du jazz. Sur le Vieux-Continent, marqué par son histoire, on passe du rire aux larmes. Chostakovitch disait de la musique juive : « c’est un océan de larmes avec au milieu un éclat de rire ». Les pièces que nous présentons sont des arrangements e des adaptations libres des partitions originales. J’en ai conservé la base harmonique et rythmique, et réinterprété les mélodies. »
Yannick Thépault
Présentation album Universel Klezmer (Klezmer Aolam)
« La musique populaire juive, expression d’une longue tradition, ignore toutes les frontières, à commencer par celles qui sépare le religieux du festif et la composition classique de la musique populaire.
Le compositeur et violoncelliste Joachim Stutschewsky (Ukraine 1891- Israël 1982) s’attacha à le démontrer, en musique et en mots. Il publia à Vienne, en 1935, un véritable manifeste de la musique juive contemporaine, Mein Weg zur jüdischen Music, Mon chemin vers la musique juive. Né dans l’empire russe, Stutschewsky émigra en Allemagne pour étudier au conservatoire de Leipzig, fut musicien ambulant avant de se fixer à Vienne, où il travailla dans le sillage d’Arnold Schönberg. Après l’Anschluss, il gagna le foyer juif de Palestine, où il s’attacha à recueillir les multiples sources juives de la musique, ashkenaze, sépharade, perse et yéménite. Stutschewsky ne cessait de répéter que le Klezmer ne relève pas de la musique légère, du folklore, quoique souvent joué par des Schnorer, des mendiants, ce qu’il fut lui-même avant sa période viennoise.
Le titre du présent album, Universel Klezmer, musique juive universelle, peut être considéré comme un double pléonasme, l’universel étant l’essence même du judaïsme comme de la musique. Le mot Klezmer ne désigne pas un genre ou un particularisme, en yiddish il signifie simplement musicien.
Cette dimension universelle n’a pas échappé à Maurice Ravel, qui s’en est inspiré de deux manières, par les sonorités araméennes du Kaddish, et par celles du yiddish dans les arrangements sur des chansons populaires juives. Le plus français des compositeurs, dont le Boléro est au patrimoine sonore ce que la tour Eiffel est à Paris, n’a jamais cessé de se nourrir des musiques du monde. Il signa l’orchestration des Tableaux d’une exposition de Moussorgski et fut le défenseur et l’ami d’Igor Stravinski. Au plus fort de la Grande Guerre, il répondit vertement à Saint-Saëns, Cortot, et Vincent d’Indy qui demandaient au gouvernement d’interdire d’exécuter publiquement les œuvres contemporaines allemandes et autrichiennes, pour ne pas avoir à verser de droits d’auteurs à des ressortissants de pays ennemis. « Il m’importe peu que M. Schönberg soit autrichien », écrivit Ravel, qui le considérait comme le plus important de ses contemporains avec le russe Stravinsky, et il prit la défense de deux ressortissants de l’empire des Habsbourg, Bartok et Kodaly, qui pour être hongrois n’en étaient pas moins d’immenses musiciens. Ravel comprenait la méthode de Bartok, qui écrivait à partir de musiques et de chansons populaires, en bousculant les principes de composition savante du Saint-Empire harmonique de Vienne. Profitant d’une tournée aux États-Unis, en 1928, Ravel passa quelques nuits dans les clubs de jazz de Harlem, en compagnie de Georges Gershwin. À son retour, il écrit : « Vous les Américains prenez le jazz trop à la légère ( …) c’est lui qui donnera naissance à la musique nationale américaine ». Passeurs universels, les musiciens Klezmer rencontrèrent, sur le sol américain, les enfants des esclaves africains. Comme le chanteur Al Jolson, nombre de musiciens juifs s’enduisaient le visage de cirage noir, pour intégrer les Jazz Band. Clarinettiste classique, après avoir appris la musique dans une synagogue de Chicago, Benny Goodman, fut, en 1935, le premier blanc à former un Jazz Band, dont la mixité défiait la ségrégation raciale, alors inscrite dans les lois de plusieurs États et dans les mœurs de la totalité des États-Unis. (…) »
Guy Konopnicki